Le livre de Michel Serres sur la génération Y

Michel Serres, philosophe, historien des sciences, analyse les transformations du monde pour les expliquer aux étudiants. Un de ses sujets préférés concerne la jeune génération, qui selon lui grandit et évolue dans un monde en plein bouleversement. Cette génération Y, puisque c’est bien d’elle dont il s’agit, il la nomme poétiquement « génération poucette » en référence à sa consommation effrénée de SMS. C’est le sujet de son dernier ouvrage, « Petite Poucette », paru récemment.

Inutile de présenter Michel Serres, Professeur à Stanford University, membre de l’Académie Française, chroniqueur passionnant et passionné sur France Info, dont la vision du monde associe les sciences et la culture, le moindre de ses talents est de rendre toute chose lumineuse et nous donner l’illusion que nous sommes intelligents. Le monde a tellement changé que les jeunes sont obligés de tout réinventer. Tel est l’idée centrale de cet essai qui fait suite au discours prononcé à l’Académie Française en mars 2011 sur « Les nouveaux défis de l’éducation ».

Ce nouvel être humain « petite poucette », vit dans nos sociétés occidentales une grande révolution, celle des nouvelles technologies, une révolution aussi majeure que le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. Et cette nouvelle révolution, pour ne pas parler de période de crise, s’accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives, comme a pu l’être la fin de l’Antiquité ou la Renaissance. Michel Serres rejette la notion de jugement : pas de progrès ou au contraire de catastrophe, ni de bien ou de mal, mais une réalité avec laquelle il faut composer. Petite Poucette n’a d’autre choix que réinventer une manière de vivre, d’être et de connaître…

Le monde change. « On a construit la Grande Bibliothèque au moment où l’on inventait Internet », se régale Michel Serres… Petite Poucette ne parle plus la langue des générations précédentes. L’auteur cite ces incroyables chiffres : l’Académie Française, qui publie à peu près tous les quarante ans le dictionnaire de la langue française, constate une différence entre deux éditions d’environ 4 000 ou 5 000 mots. Mais entre la plus récente et la prochaine édition, il estime que cette différence sera d’environ 30 000 mots.

Petite Poucette change : Michel Serres nous rappelle que les nouvelles technologies n’activent pas les mêmes régions du cerveau que les livres. Les facultés cognitives évoluent chez l’homme, alors arrêtons d’accuser Petite Poucette de son manque de mémoire, d’esprit d’analyse. Il faut lui faire confiance et être indulgent. Les appartenances nationales, politiques, religieuses ne sont plus des marqueurs. Petite Poucette n’a plus le même rapport au temps ni aux contraintes géographiques avec les réseaux sociaux. Durant des siècles, la morale judéo-chrétienne avait vocation à faire supporter la douleur, inévitable et quotidienne, d’une vie précaire. Petite Poucette, elle, vivra 100 ans, dès lors, cela change forcément la façon de voir le monde et d’appréhender l’existence !

Repenser le système éducatif : 70% de ce que Petite Poucette apprend à l’école sera bientôt obsolète, alors pourquoi écouter des professeurs quand d’une simple requête sur internet elle a accès à toutes les réponses à ses questions ? « Le savoir, accessible partout et immédiatement, n’a plus le même statut. », nous avertit l’auteur-professeur, qui croit plus au don de soi que de son savoir. C’est « l’intelligence inventive » qui remplace déjà les anciennes hiérarchies. Cet essai nous parle d’un monde qui change, mais celui de l’éducation a-t-il changé lui aussi ? Les méthodes d’apprentissage, de transfert de savoir, d’évaluation, les supports pédagogiques n’ont-ils pas insuffisamment évolué depuis 50 ans ?

Pour compléter ce billet je vous propose de (re)décrouvrir le discours de Michel Serres prononcé à l’Académie Française en mars 2011 au sujet de « Petite Poucette ».

« Petite Poucette » est paru aux éditions Le Pommier. L’illustration est de Beaudet, parue dans le Journal de Québec.

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