Le candidat se comporte aujourd’hui comme un consommateur averti. Il a appris à décoder les discours publicitaires séduisants et les offres promotionnelles mensongères. Mais il est aussi un produit avec sa marque, ses attributs, sa valeur marchande, son marketing.

Le candidat développe une approche consumériste du marché de l’emploi…

Il en est des carrières comme des produits et services. le candidat établit ses critères d’évaluation et compare les offres des entreprises sans émotion, ni sentiment. Anciens collaborateurs, anciens stagiaires, anciens camarades d’école, mais aussi sites de notation, blogs personnels et palmarès des meilleurs entreprises, il s’est habitué à multiplier les sources d’informations afin d’identifier les belles promesses, comme les preuves. La grille de lecture du candidat suit une logique simple : face à un marché de l’emploi incertain, comment optimiser sa valeur sur ce marché ? Comment faire pour que chaque entreprise apporte au plus vite une contribution à son employabilité ? L’employabilité est sensée amortir les aléas de la vie professionnelle, faire en sorte que le rapport de force soit au bénéfice du candidat / collaborateur. Ils n’hésitent pas à “claquer la porte”, dès lors que l’entreprise les a décu ou qu’ils ont le sentiment que les termes et les conditions du contrat social ne leur sont plus favorables.

… mais le candidat est aussi un produit… 

L’emploi est devenu un produit comme un autre. Sans cynisme mais avec un réalisme contraint, ils acceptent d’être devenus un produit. Eux-mêmes veillent à optimiser leur réputation, à travailler leur image, à maximiser leur valeur marchande – c’est-à-dire leur employabilité, en termes RH plus politiquement corrects. Ne parle-t-on pas de leur « personal branding », autant de termes issus du vocabulaire marketing ? Ce comportement vis-à-vis de l’entreprise a d’abord été le privilège d’une certaine élite convoitée par les entreprises. Il touche aujourd’hui, de plus en plus, l’ensemble des salariés et en particulier les plus jeunes. Ceux-là mêmes qui attachent moins d’importance à l’épanouissement professionnel. Ils affichent une relation distendue avec l’entreprise et n’ont pas un rapport avec la valeur travail formaté par une culture judéo-chrétienne. Ils sont moins frileux pour tenter l’aventure ailleurs.

… parfois un produit « haut de gamme »

Bien sûr, seuls quelques candidats, armées de leurs compétences rares, de leur formation prestigieuse, de leur expérience particulière, pourront faire valoir cette “valeur marchande”, et maintenir ce rapport de force face aux entreprises. Ils sont facilement reconnaissables dans les entreprises, on les nomme « hauts potentiels » ou « futurs cadres dirigeants ». Ils font souvent l’objet de toutes les attentions en matière de gestion de carrière. Pourtant ces “happy few” n’en sont pas plus fidèles à l’entreprise. Ils adoptent cette stratégie d’évaluation des “offres employeur”. Quelles sont les entreprises qui offrent les meilleurs opportunités à l’étranger ? Quelle est la réputation d’une entreprise, de son top management sur son marché ? Quelles sont les entreprises particulièrement actives en matière de formation et de mobilité interne.

Emploi et date de péremption

Cet engagement tacite d’une progression régulière, sur la durée, en matière de responsabilités comme de salaire, à condition d’avoir fait ses preuves pendant quelques années, n’est plus entendu. Le contrat moral entre l’entreprise et le salarié a été balayé par le réalisme et la dureté du marché du travail actuel. Des années de crises économiques, de licenciements et de délocalisations ont instauré un nouveau rapport distendu entre candidats/collaborateurs et entreprises. La fidélité n’est plus de mise. D’ailleurs, les entreprises ont depuis bien longtemps, exception faite de la fonction publique, abandonné toute promesse de l’emploi à vie. Notre candidat, qu’il soit jeune diplômé ou expérimenté, est convaincu que son recrutement dans une entreprise ne sera qu’une étape dans sa vie professionnelle, qui en comptera de nombreuses. Dans cette relation “provisoire” avec l’entreprise, il convient de rester en veille active sur son marché, pour connaître à tout moment sa propre valeur ou identifier les opportunités potentielles.

Le candidat est un client exigeant. Il réclame une relation privilégiée avec l’entreprise qu’il convoite ou qui le convoite. Il veut de la considération, mais il est aussi infidèle, prompt à la critique, volatile. Il est face à une entreprise qui continue à utiliser les recettes de bonimenteurs, les considère comme des clones, s’affranchit de toute responsabilité sociale collective. Pourtant, la réalité démontre chaque jour que le succès durable ne se trouve que dans la capacité à concilier les aspirations individuelles et les ambitions collectives.

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A propos de l'auteur

Franck La Pinta

J’accompagne depuis plus de 15 ans un groupe bancaire de dimension international dans sa transformation liée aux nouvelles technologies et au digital. J’interviens notamment pour analyser les impacts et exploiter les opportunités de cette révolution numérique sur les ressources humaines, le management, les process métiers, le marketing, la communication.

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