Le tsunami digital sur le management

C’est le titre un peu provocateur d’une conférence-débat de Dominique Turcq à laquelle j’ai récemment assisté. Le thème était celui de l’impact du digital sur le management, ou comment mettre ces mutations en perspective et explorer l’impact de ces innovations technologiques. En effet, le digital bouleverse l’économie, la société, l’entreprise. Comment pourrait-il ignorer le management, qui lui-même n’a d’autre choix que se ré-inventer ?

Dominique Turcq a eu plusieurs vies professionnelles complémentaires qui donnent une acuité particulière à ses analyses. Il a été Directeur Général de la Stratégie chez Manpower Inc., Directeur associé chez Mc Kinsey, professeur permanent à HEC, à l’ESCP et à l’INSEAD, Conseiller au Commissariat au Plan et prospectiviste au cabinet du Ministère de l’Industrie. Il a enfin créé l’institut Bootzone, qui s’est spécialisé dans les implications managériales des nouvelles technologies. Voici quelques-unes de ses convictions.

Dominique Turcq rappelle dans son introduction qu’il y a 10 ans, c’est-à-dire hier, c’est-à-dire une éternité à l’échelle du temps digital, que le téléphone servait à téléphoner, que quand on parlait de portable, on pensait à un ordinateur, que les réseaux sociaux étaient réservés aux geeks ou aux joueurs en ligne, que le GPS était une option exclusive pour les véhicules de luxe, et que les mots tablette, 4G, cloud n’existaient pas. Bref, un autre monde.

Et dans l’entreprise ?
Aujourd’hui, l’individu n’est plus un point dans l’organisation. Il est devenu un noeud au sein des réseaux. Le collaborateur appartient à la fois à une organisation verticale (la structure hiérarchique de l’entreprise), à une communauté interne horizontale (par exemple via un même métier, des projets communs), à des communautés professionnelles externes. Bref, il est à la fois dans et hors de l’entreprise, il est plusieurs noeuds en même temps dans des univers différents. D’ailleurs les limites de l’entreprise sont dépassées. On ne peut logiquement plus définir les collaborateurs d’une entreprise comme étant seulement ceux qui travaillent dans les locaux de l’entreprise avec un statut de CDI.

L’autorité verticale, basée fortement sur la hiérarchie, le statut, sera demain complétée par une autorité horizontale, celle du savoir, de la réputation. « L’entreprise a besoin de deux formes d' »autorité », celle des process et des priorités définies par la direction, et celle des compétences, qui se manifeste principalement par les circulations horizontales ». Le collaboratif sera demain le principal avantage compétitif. C’est lui qui favorisera l’engagement des collaborateurs, contribuera aux gains de productivité, à l’innovation. A chaque entreprise d’inventer son modèle de collaboratif, comme elles ont par le passé inventé leur modèle économique.
Le management devra être conçu demain comme un App Store individuel, dans lequel chaque manager viendra puiser les applications dont il a besoin pour se bâtir son modèle de manager, celui qui saura répondre aux attentes nouvelles des collaborateurs et aux nouveaux enjeux : économie du don, relations de la confiance, partage nouveau des pouvoirs et des rôles, curation, évaluation …

Ce tsunami digital est un RAMDAM :
Utilisé comme un acronyme, il signifie que le digital :
Remplace : ces nouveaux outils remplacent tous les autres : calculette, podomètre, réveil, station météo, dictaphone… sont comme aspirés par le trou noir des tablettes et smartphones,
Accélère la diffusion des idées, des innovations, des projets et des progrès scientifiques,
Multiplie à l’infini et sans dégradation de la qualité livre, musique, demain objets avec des imprimantes 3D
Divise fortement les coûts d’accès à l’information ou à une personne, de production, de diffusion et de collaboration,
Accessibilise le savoir (avec Wikipédia), les données (avec les flashcodes), les hommes (avec LinkedIn, Facebook), les idées;..
Mutile car la relation directe, physique peut être efficacement remplacée par des rencontres virtuelles.

à méditer…

 

 

Partagez ce post

Facebook
Twitter
LinkedIn
Pinterest
WhatsApp

Ces articles pourraient vous intéresser

Robinet fermé : symbole de la pénurie de candidats qui touche les recruteurs de plus en plus fort, d'où la nécessité de mesurer le ROI des actions RH
MARKETING RH

Pénurie de talents : comment mesurer le ROI des RH face aux difficultés de recrutement ?

Le contexte actuel est celui d’une pénurie de talents sur le marché du travail. Les entreprises ont manifestement tout intérêt à investir dans les ressources humaines, pour favoriser le recrutement et la fidélisation de leurs meilleurs éléments. Il est cependant important d’évaluer le rapport entre le coût et les bénéfices de ces actions en ressources humaines afin de prouver leur rentabilité. Comment mesurer le ROI en RH en fonction du contexte actuel du marché du travail ?

recruteur chasseur
MARKETING RH

Le recruteur est-il un chasseur/cueilleur ou un agriculteur ?

La transformation humaine la plus disruptive ne date pas de 1789 mais de 12.000 ans avant notre ère. La révolution néolithique est caractérisée par le passage des tribus de chasseurs/cueilleurs à des communautés d’agriculteurs : deux appréhensions radicalement différentes de l’environnement. Les rapprocher des pratiques de recrutement nous aide à mieux les comprendre.