MANAGEMENT OPINIONS — 17 septembre 2013

C’est le titre un peu provocateur d’une conférence-débat de Dominique Turcq à laquelle j’ai récemment assisté. Le thème était celui de l’impact du digital sur le management, ou comment mettre ces mutations en perspective et explorer l’impact de ces innovations technologiques. En effet, le digital bouleverse l’économie, la société, l’entreprise. Comment pourrait-il ignorer le management, qui lui-même n’a d’autre choix que se ré-inventer ?

Dominique Turcq a eu plusieurs vies professionnelles complémentaires qui donnent une acuité particulière à ses analyses. Il a été Directeur Général de la Stratégie chez Manpower Inc., Directeur associé chez Mc Kinsey, professeur permanent à HEC, à l’ESCP et à l’INSEAD, Conseiller au Commissariat au Plan et prospectiviste au cabinet du Ministère de l’Industrie. Il a enfin créé l’institut Bootzone, qui s’est spécialisé dans les implications managériales des nouvelles technologies. Voici quelques-unes de ses convictions.

Dominique Turcq rappelle dans son introduction qu’il y a 10 ans, c’est-à-dire hier, c’est-à-dire une éternité à l’échelle du temps digital, que le téléphone servait à téléphoner, que quand on parlait de portable, on pensait à un ordinateur, que les réseaux sociaux étaient réservés aux geeks ou aux joueurs en ligne, que le GPS était une option exclusive pour les véhicules de luxe, et que les mots tablette, 4G, cloud n’existaient pas. Bref, un autre monde.

Et dans l’entreprise ?
Aujourd’hui, l’individu n’est plus un point dans l’organisation. Il est devenu un noeud au sein des réseaux. Le collaborateur appartient à la fois à une organisation verticale (la structure hiérarchique de l’entreprise), à une communauté interne horizontale (par exemple via un même métier, des projets communs), à des communautés professionnelles externes. Bref, il est à la fois dans et hors de l’entreprise, il est plusieurs noeuds en même temps dans des univers différents. D’ailleurs les limites de l’entreprise sont dépassées. On ne peut logiquement plus définir les collaborateurs d’une entreprise comme étant seulement ceux qui travaillent dans les locaux de l’entreprise avec un statut de CDI.

L’autorité verticale, basée fortement sur la hiérarchie, le statut, sera demain complétée par une autorité horizontale, celle du savoir, de la réputation. « L’entreprise a besoin de deux formes d’ »autorité », celle des process et des priorités définies par la direction, et celle des compétences, qui se manifeste principalement par les circulations horizontales ». Le collaboratif sera demain le principal avantage compétitif. C’est lui qui favorisera l’engagement des collaborateurs, contribuera aux gains de productivité, à l’innovation. A chaque entreprise d’inventer son modèle de collaboratif, comme elles ont par le passé inventé leur modèle économique.
Le management devra être conçu demain comme un App Store individuel, dans lequel chaque manager viendra puiser les applications dont il a besoin pour se bâtir son modèle de manager, celui qui saura répondre aux attentes nouvelles des collaborateurs et aux nouveaux enjeux : économie du don, relations de la confiance, partage nouveau des pouvoirs et des rôles, curation, évaluation …

Ce tsunami digital est un RAMDAM :
Utilisé comme un acronyme, il signifie que le digital :
Remplace : ces nouveaux outils remplacent tous les autres : calculette, podomètre, réveil, station météo, dictaphone… sont comme aspirés par le trou noir des tablettes et smartphones,
Accélère la diffusion des idées, des innovations, des projets et des progrès scientifiques,
Multiplie à l’infini et sans dégradation de la qualité livre, musique, demain objets avec des imprimantes 3D
Divise fortement les coûts d’accès à l’information ou à une personne, de production, de diffusion et de collaboration,
Accessibilise le savoir (avec Wikipédia), les données (avec les flashcodes), les hommes (avec LinkedIn, Facebook), les idées;..
Mutile car la relation directe, physique peut être efficacement remplacée par des rencontres virtuelles.

à méditer…

 

 

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A propos de l'auteur

Franck La Pinta

Responsable Marketing Web et RH 2.0, au sein d’un grand groupe bancaire. Artisan et partisan convaincu des vertus de l’entreprise 2.0, je suis à l’initiative d’un réseau social d’entreprise dédié aux professionnels RH.

(8) Commentaires

  1. Bravo pour ce résumé (et heureusement que vous êtes là car je suis incapable d’en faire un…:).
    Une seule remarque: je ne dis pas que les hiérarchies verticales vont disparaître mais qu’elles vont être complétées par des hiérarchies horizontales. L’entreprise a besoin de deux formes d’ »autorité », celle des process et des priorités définies par la direction (qui sert encore à quelque chose !) et celle des compétences, qui se manifeste principalement par les circulations horizontales.
    Merci du temps pris pour résumer cette conférence.
    Dominique Turcq

    • Merci pour votre commentaire, j’ai modifié en conséquence mon billet, et toutes mes excuses pour cette approximation qui, effectivement, modifiait le sens de votre propos.

  2. Bonjour et merci pour cet article fort intéressant. Je retiendrai notamment l’acronyme RAMDAM !

    Je me permets une remarque d’ordre sémantique : le mot « digital » signifie en français quelque chose de relatif aux doigts (ex. : empreintes digitales, digicode…) et il aurait été plus judicieux d’employer le terme « numérique ». Cette faute de sens est malheureusement de plus en plus courante.

    • bonjour Sébastien,
      merci pour votre commentaire, et votre remarque sur « digital », qui certes se rapporte aux doigts, mais est aujourd’hui largement entré dans les usages :) Et puis l’usage développé des tablettes tactiles et du mobile lui donne toute son acuité.

  3. Bonjour Franck,
    Je suis assez d’accord sur le point de vue sémantique de Sébastien concernant le « digital » et ce malgré les tablettes ;-). Pour le reste, la tendance à l’horizontalité des rapports dans l’entreprise va dans le bon sens et accélère la créativité. Les bonnes solutions naissent souvent d’un un travail d’équipe : si l’idée naît d’un individu, elle s’affine au contact des apports que peuvent lui apporter d’autres personnes.

    • bonjour Simon, merci pour votre commentaire. L’Académie française a effectivement rappelé tout récemment qu’il fallait utiliser « numérique » plutot que « digital », même si Larousse estime que les deux termes sont synonymes.

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