MANAGEMENT TRANSITION NUMERIQUE — 06 février 2015

Comme chaque année, le Forum Netexplo, dispose d’un matériau exceptionnel pour dessiner les grandes tendances des usages et des technologies au travers de 1200 innovations digitales sélectionnées par son réseau d’experts à travers le monde. Ces innovations permettent d’imaginer des scenarii sur ce que pourra être demain le monde de l’entreprise, de l’éducation, de la santé, de la ville, du marketing et des médias…

De quoi sera fait le monde de demain ? C’est à cette question que tente de répondre, année après année, le Forum Netexplo et son réseau de 700 correspondants à travers le monde, en effectuant une sélection des meilleures innovations digitales. Les sujets les plus variés y sont traités, permettant à chacun de « faire son marché » en fonction de ses centres d’intérêts propres. Ces innovations, et les grandes tendances qu’elles permettent de dégager sur la ville de demain, le développement durable, la santé ou l’éducation, sont également une riche matière à réflexion pour imaginer l’impact de certaines de ces innovations émergentes si elles pénètrent demain dans l’entreprise.

L’intelligence artificielle :
Les robots et autres machines s’installent lentement mais surement dans notre quotidien. Qu’il s’agisse d’humanoïdes plus vrais que nature, destinés à la formation des dentistes (la formidable série suédoise « Real Humans » semble déjà dépassée), de robots policiers développés par la start up « KnightScope » pour « surveiller, prédire et prévenir le crime », d’armes ou de voitures autonomes, de machines qui rédigent des articles de presse, on ne peut que constater que l’intelligence artificielle se substitue peu à peu à l’intelligence humaine. Pourquoi ? Parce que l’intelligence artificielle dispose de deux atouts : son coût décroit, et elle est illimitée, contrairement à l’intelligence de l’humain. La production venait historiquement de l’activité humaine qui s’appuyait sur des techniques et les sources d’énergie. Demain, les biens et services seront produits par des non humains car la valeur est dans la donnée qui, produite, échangée, analysée, devient centrale.
Est-ce une bonne nouvelle ? Comment évoluera l’entreprise pour laquelle ces innovations modèleront fortement l’organisation interne, le marché, les rapports entre concurrents et impacteront la rentabilité, comme l’ont déjà fait toutes les innovations technologiques. « Il s’agit de savoir si l’on veut mettre cette intelligence artificielle au service du développement des individus ou en substitution aux individus » selon les propres mots de Julien Levy, qui a introduit cette journée. Ces innovations, en plus de leurs performances économiques, vont-elles permettre aux collaborateurs d’occuper des métiers plus intéressants, plus épanouissants, moins dangereux, ou bien vont-elles signer la fin du travail humain ? Et quelque soit l’issue, comment se fera cette coexistence entre humains et machines ? Après l’intergénérationnel, le prochain enjeu des RH sera-t-il celui des relations entre les hommes et les machines ?

L’économie du partage : mode de consommation du 21 ème siècle ?
Le discours sur un certain épuisement des traditionnels leviers de consommation n’est pas nouveau. On note cependant une orientation de plus en plus marquée des consommateurs à vouloir agir et peser dans leurs choix de consommation, à rechercher davantage de sens dans l’acte de consommation. L’économie du partage, du recyclage, n’en est qu’à ses balbutiements. Elle touche cependant tous les secteurs économiques pour faire du consommateur un propre producteur ou un investisseur/mécène, rallonger le cycle de vie des produits par le troc, l’échange ou la location : hôtels, voitures, matériel de bricolage ou de puériculture… Cette tendance est à la croisée de contraintes économiques, de recherche d’une sociabilité nouvelle, d’une préoccupation sur l’environnement. Citons deux innovations présentées pour illustrer cette tendance : « Rainforest Connection », qui fixe aux arbres de vieux téléphones portables recyclés pour lutter contre la déforestation illégale, ou le togolais Koffi Agbodjinou, qui a créé pour moins de 100 dollars une imprimante 3D en récupérant des déchets électroniques. On annonce que l’économie du partage représentera un CA de 335 milliards en 2025 pour à peine 15 milliards aujourd’hui. L’exemple du magasin « la louve » et son modèle hybride d’entreprise dans lequel s’efface la distinction entre propriétaire, salarié et client est un autre exemple révélateur de cette tendance particulièrement intéressant. Ces 3 populations, sur lesquelles s’est bâti le modèle capitaliste, et qui organise le partage de la création de valeur va-t-il disparaître ? Quel sera alors le modèle d’entreprise de demain, quelle forme prendra ce nouveau contrat social, quelle sera la place des RH ?

L’importance des émotions
Le palmarès Netexplo a mis en avant une application qui reconnaît en temps réel les émotions d’un bébé sur son visage. On nous a présenté un casque qui permet de modifier ses sentiments grâce à des impulsions électriques, et montré comment un logiciel peut analyser la frappe sur un clavier pour déterminer les émotions ressenties pendant la frappe. Nul doute, les émotions sont le nouveau terrain des innovations digitales. Certes, les réseaux sociaux ont déjà instauré la prédominance de l’instant sur le temps long, de la réaction et de l’émotion sur l’analyse et la réflexion, de l’image sur l’écrit. S’agit-il d’une réaction face à l’anxiété suscitée par la vague des outils numériques, la volonté de compenser la rationalité de ces outils, bref d’y ré-introduire de l’humanité ? Dans son discours lors de la remise de son prix Nobel, Patrick Modiano nous interpellait sur la nécessité de retrouver de l’émotion, de l’intimité malgré la place qu’occupent les réseaux sociaux dan notre vie.
Dans tous les cas, cette tendance à identifier, évaluer, décrypter, contrôler ou modifier les émotions ne laisse pas indifférent. L’entreprise a historiquement, dans son souci de performance, maintenu à distance les émotions individuelles, considérées comme contre-productives, voire dangereuses car incontrôlables. Mais dans l’entreprise de la nouvelle économie, où l’intelligence collective devient le mantra incontournable, chacun est tenu d’être engagé, agile, innovant et créatif. L’émotion est une nouvelle valeur en hausse. Peut-être prendra-t-elle place demain dans le référentiel de compétences comportementales attendues ?

Encore une fois, et au risque d’énoncer une évidence, cette édition de Netexplo montre que l’innovation digitale peut servir les desseins les plus généreux de l’homme et imaginer un monde meilleur, à condition de le vouloir. Et que nous ne sommes qu’au début des immenses transformations que vivront les entreprises dans les années à venir.

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A propos de l'auteur

Franck La Pinta

J’accompagne depuis plus de 15 ans un groupe bancaire de dimension international dans sa transformation liée aux nouvelles technologies et au digital. J’interviens notamment pour analyser les impacts et exploiter les opportunités de cette révolution numérique sur les process business, la relation client, les ressources humaines, le management, le marketing, la communication.

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