ETUDES — 26 mai 2011

C’est avec ce titre que le communiqué de presse de Universum, société suédoise spécialisée dans le conseil en Marque Employeur, vient de communiquer les résultats de sa dernière enquête sur les attentes et les perspectives de carrières, réalisée auprès de près de 20 000 étudiants de plus de 100 écoles européennes. Les résultats marquent un fort retour de l’individualisme, de la priorité au salaire et au prestige de l’entreprise au détriment des valeurs sociales et environnementales.

« Moi d’abord »

Les étudiants européens des grandes écoles et universités sont-ils devenus cyniques ou ont-ils simplement une plus forte capacité à s’adapter à leur environnement et à se protéger des signaux pessimistes que la société leur envoie ? En effet, ils n’accordent plus autant d’importance à la RSE et aux entreprises ayant de hauts standards éthiques. Pour preuve, un meilleur classement que l’an dernier pour les entreprises des secteurs gaziers et pétroliers. Oubliés la marée noire du Golfe du Mexique ou le réchauffement de la Terre. Ces mêmes étudiants plébiscitent plutôt des employeurs reconnus, performants et prestigieux. Ainsi, ils associent leur employeur idéal à « une bonne réputation » (72%), un « succès sur le marché » (70%) et au « prestige » (66%). La « responsabilité sociale d’entreprise » et les « hauts standards éthiques » recueillent à peine 1/3 des suffrages. De même, la sécurité de l’emploi est en recul alors que le salaire est le critère en hausse.

Cette tendance forte à l’abandon des valeurs sociales ou environnementales au profit de leur intérêt personnel révèle certainement une perte de confiance dans la capacité des entreprises à réellement respecter ces engagements éthiques. Ces entreprises qui si souvent se contentent d’un discours auquel les étudiants ne croient plus, et que certains faits divers tragiques largement relayés par les médias viennent contredire.

« Je suis une marque »

Petter Nylander, le PDG d’Universum, résume ainsi ces conclusions : « Le prestige d’un employeur et son succès sur un marché sont devenus importants (…) pour les étudiants. Tout est affaire de vanité, d’image que l’on projette aux autres, mais également, de marque personnelle ». Comment en vouloir à ces étudiants à qui l’on distille régulièrement l’importance de la marque personnelle, du branding ? Chaque passage dans l’entreprise doit être en mesure de valoriser, et au plus vite, cette valeur marchande du candidat, avant de devenir ce senior montré du doigt car dépassé par les innovations technologiques.

« Tout, tout de suite »

Et j’emploie à dessein le mot « passage » car il n’est plus question de croire à la carrière, que les aléas économiques rendent bien trop aléatoire. Ainsi la sécurité de l’emploi n’est plus une priorité puisque qu’elle ne peut être garantie. Comme je le disais, on note un retour en force d’exigences sur les salaires, qui se traduit par une formidable remontée du secteur bancaire dans le palmarès des TOP EMPLOYERS, après une forte baisse de popularité en 2010.

« Je fais comme papa et maman »

Révolutionnaire, innovante, décompléxée la génération Y ? L’employeur préféré des garçons est Google, tandis que l’Oréal fait tourner la tête des jeunes femmes. Seul Apple, marque assexuée, attire autant garçons et filles. La grande conso chez les filles, la banque et l’automobile (si possible de luxe) chez les garçons ! Et s’agissant des aspirations professionnelles ? Etre un leader ou un expert pour les hommes, et la sécurité de l’emploi pour les femmes !

Quels enseignements pour la Marque Employeur ?

Le message est clair, le remède doit être à la hauteur du mal : les sites RH des entreprises ont besoin d’un traitement de choc : supprimez les paragraphes relatifs à la carrière, aux opportunités d’évolutions professionnelles, aux parcours destinés aux hauts potentiels. Quant aux témoignages de collaborateurs ayant 8 ans d’ancienneté et 3 postes successifs… Passez à la trappe tout ce qui parle responsabilité sociale, Green IT, travailleurs handicapés ou empreinte carbone. Et pour l’ergonomie, inutile de vous casser la tête (et la tirelire) avec des pré-tests et des protocoles de Eye-tracking : adoptez la signalétique des toilettes : à gauche pour les filles, à droite pour les garçons, puis déroulez méthodiquement les arguments qui vont bien. D’ailleurs, est-il encore nécessaire de parler de Marque Employeur, quand de bons résultats commerciaux, un PDG charismatique et bronzé ou des produits que l’on voudrait voir dans les vitrines de la Croisette ou dans un clip de rap sont suffisants ?

Plus sérieusement, les résultats de cette étude montrent qu’en se concentrant sur le présent, en adoptant une attitude de repli sur soi, ces étudiants n’ont pas confiance dans l’avenir et dans les vertus du collectif. Le ton cynique et le propos caricatural adoptés dans ce billet cachent en fait une profonde inquiétude pour une société et un monde du travail qui incite davantage à se protéger qu’à se réaliser, qui fait plus peur qu’il ne donne envie, qui n’a pas su renouveler son contrat social, qui révèle un profond fossé entre l’offre et la demande d’emploi. Cette étude est un signal d’alarme, j’espère qu’il sera entendu.

Pour en savoir plus sur Universum et sur l’étude

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A propos de l'auteur

Franck La Pinta

Responsable Marketing Web et RH 2.0, au sein d’un grand groupe bancaire. Artisan et partisan convaincu des vertus de l’entreprise 2.0, je suis à l’initiative d’un réseau social d’entreprise dédié aux professionnels RH.

(4) Commentaires

  1. Bonjour,

    Ils ont raison ces jeunes, puisqu’ils voient bien ce qu’il se passe pour leurs parents.
    La mode critère N°1 du recrutement est d’avoir 30/35 ans. Avant cet âge, les entreprises ne proposent que des stages mal payés et après cet âge elles nous considèrent obsolètes. Alors vu qu’il ne reste plus réellement qu’un créneau de 5 ans pour tirer le meilleur,il ne faut pas hésiter à exiger le maximum. Sénior, c’est exactement le conseil que je donne à mes enfants et sans scrupule, sans hésitation, sans état d’âme d’ordre social. Puisqu’on en a assez soupé des slogans et des labels éthiques qui ne sont que de belles paroles virtuelles et non factuelles. C’est qu’en plus quand ils sont forcément BAC+ on ne compte même plus le chiffre après le +, le calcul est vite fait pour compter aussi le retour sur investissement qu’ils doivent produire. Parce que de plus en plus souvent, pour parvenir à ces chiffres après le + toujours mieux disant, ils se retrouvent bien souvent avec un crédit étudiant en fin d’étude, que les parents séniors mis sur la touche ne peuvent plus forcément continuer à combler. Alors ils n’ont pas le choix, le salaire avant tout.
    Qui sont les cyniques à la base ?
    Ce n’est qu’un juste retour.
    Bon courage à tous.

    • Bonjour @virgi,
      merci pour votre commentaire, que vous concluez à juste titre par « ce n’est qu’un juste retour » : je pense effectivement que cette attitude, plus opportuniste que cynique, relève davantage de pragmatisme, de lucidité, et de capacité d’adaptation.

  2. Etrangement, je porte le même prénom que la personne avant moi et pourtant je ne suis pas la même.

    Je ne suis pas d’accord avec le constat que vous faites car dans « bonne réputation », il y a forcément la notion de responsabilité sociale et d’éthique. A fortiori en France. Une entreprise qui ne travaille pas son éthique ni sa responsabilité sociale ne travaille donc pas sa réputation car les médias ont tôt fait d’en parler et on n’est jamais heureux de dire que l’on va se faire embaucher par BP au moment où la crise de la marée noire était à son apogée.

    Comme vous l’avez signalé dans votre commentaire, en tant que jeune étudiante arrivant sur le marché du travail, c’est bien parce que la dure réalité nous frappe que l’on en arrive à ce type de souhait.

    • bonjour Virginie,
      Merci pour votre commentaire, et pour votre désaccord car cela nourrit la discussion :)). Mon propos est simplement de commenter des critères de choix donnés pas un panel d’étudiants que l’on peut considérer comme représentatif. Oui vous avez raison : la responsabilité sociale, l’éthique, le rapport à son environnement ont un impact significatif sur la réputation globale. Mais l’exemple de BP que vous prenez est un cas de crise, exceptionnel, qui bénéficie, compte tenu de son impact écologique, d’une couverture médias et d’une critique justifiée. Dans une situation plus normale, une entreprise peut ne pas être « irréprochable « éthiquement : l’étude est prise dans une situation « normale », les critères de choix des candidats se portent plus sur le court terme et la dimension individuelle plus que le collectif et le long terme.

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