MARKETING RH — 08 février 2012
Début janvier s’est tenu le forum EDHEC à Paris. 1300 étudiants venant des cinq campus (Lille, Nice, Paris, Londres, Singapour) ont pu rencontrer 122 entreprises présentes. Ces entreprises maintiennent visiblement leurs efforts pour séduire les étudiants malgré la crise. Une occasion d’interroger Emmanuel Delamarre, qui, en tant que Responsable Marketing Entreprises et Carrières de l’EDHEC, bénéficie d’une position privilégiée pour analyser les grandes tendances des entreprises en matière de relations écoles.

Emmanuel, la crise actuelle a-t-elle un impact sur les relations des entreprises avec leurs écoles cibles ?
La crise actuelle, et les contraintes budgétaire nouvelles qui sont liées, a entrainé un phénomène de recentrage sur les écoles cibles pour les entreprises les plus actives, ou, une réflexion sur la définition “d’écoles cibles” pour les entreprises moins mures sur les relations écoles. Par contre, les entreprises restent conscientes de la nécessité de conserver le même niveau d’implication avec leurs écoles cibles ; je ne note pas de désengagement comparativement aux périodes de crise précédentes.

Les discours actuels en matière de communication RH insistent beaucoup sur l’émergence du 2.0. Penses-tu que les médias sociaux vont faire évoluer les relations écoles ?
Par réseaux sociaux, il faut entendre ici Facebook car c’est là que se concentrent 90% des efforts des entreprises pour les relations écoles, puisque c’est sur ce réseau que se trouvent encore majoritairement les étudiants. Donc oui, cela fait évoluer les relations car cela implique une forme de transparence, d’échange mais aussi de « fun » pas toujours simple à faire vivre avec une politique de Marque Employeur souvent définie dans une logique top/down (émetteur/récepteur). Cela facilite aussi l’interaction directe entre l’étudiant et les collaborateurs de l’entreprise, enlevant aux équipes de recrutement le monopole de la relation.

Emmanuel Delamarre EDHECLes étudiants sont de plus en plus critiques vis-à-vis des discours RH des entreprises, jugés trop « vendeurs » et pas toujours fidèles avec la réalité. Qu’attendent-ils aujourd’hui des entreprises qui viennent à leur rencontre ?
Paradoxalement, ils veulent le rêve et la réalité. Ils ne viendront pas dans une entreprise si la marque, le poste proposé, les possibilités d’évolutions, le package,… ne les fait pas rêver. A côté de ça, ils ne supportent pas qu’on les trompe, surtout pour leur survendre un poste… Par ailleurs, ils sont très conscients du marché et se considèrent eux-mêmes comme un produit sur le marché, adaptant leur mix si le besoin s’en fait sentir.

Quels conseils donnerais-tu aux entreprises pour « sortir du lot » ? Quels sont les arguments auxquels ils sont particulièrement sensibles ?
Il n’y a pas de recette miracle !!! Je vais enfoncer une porte ouverte, mais il faut une cohérence entre la promesse employeur, son expression et la réalité du terrain. On a déjà vu sur des forums des entreprises arriver avec un stand magnifique (déclinaison parfaite de la Marque Employeur définie au plus haut niveau) mais tenu par une équipe “qui fait la tronche”, et qui apporte comme seule réponse aux étudiants : « allez voir sur le site web…. ». Le conseil principal que je donne aux entreprises, c’est d’impliquer ses collaborateurs diplômés de l’école qu’elles ciblent, voire les stagiaires en place. Dans l’idéal, il faut des jeunes diplômés dans lesquels les étudiants vont pouvoir se projeter à court terme (et qui utilisent le même langage qu’eux), des diplômés avec 10 ans de carrière (mais qui n’ont pas encore l’âge de leurs parents…), et un ou deux diplômés dans des positions de direction, qui tous, seront la preuve vivante des arguments mis en avant : international, évolutions, prise de responsabilités, package salarial,….

As-tu un exemple d’initiative qui séduise tes étudiants ?
A l’EDHEC, nous avons ce que nous appelons des Corporate Programme Sponsors, à savoir des entreprises  partenaires d’une de nos spécialisations et qui viennent co-produire un des cours majeurs de cette spécialisation. L’interaction entre les étudiants et les collaborateurs (voire les dirigeants) de l’entreprise au sein du processus pédagogique est d’une richesse incroyable ! Capgemini Consulting, PwC, la Société Générale et Unilever sont aujourd’hui Corporate Programme Sponsors.

Et côté écoles, qu’attendez-vous des entreprises ?
Nos attentes vis-à-vis de l’entreprise sont multiples : tout d’abord qu’elles recrutent nos jeunes diplômés aux meilleurs postes avec une promesse de développement de leur parcours !! Ensuite, qu’elles s’impliquent toujours plus dans le cursus pédagogique comme nos Corporate Programme Sponsors le font déjà. Egalement financer nos projets de recherche, de développement, car l’EDHEC est une institution indépendante (30% de son budget vient des entreprises), et soutenir nos programmes liés à la diversité. Enfin, nous accompagner dans nos choix stratégiques. Pour cela, elles sont présentes dans nos organes de gouvernance et dans nos advisory boards de programme.

Merci Emmanuel pour ces échanges.
Et pour ceux qui souhaitent continuer les échanges sur Twitter : @e_delamarre et @edhec_bschool

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A propos de l'auteur

Franck La Pinta

J’accompagne depuis plus de 15 ans un groupe bancaire de dimension international dans sa transformation liée aux nouvelles technologies et au digital. J’interviens notamment pour analyser les impacts et exploiter les opportunités de cette révolution numérique sur les process business, la relation client, les ressources humaines, le management, le marketing, la communication.

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