TRANSITION NUMERIQUE — 16 décembre 2014

Le BOYD semble paré de toutes les vertus : accélérateur de la transition numérique et économies substantielles. Cette vision idyllique néglige bien souvent d’aborder les conséquences de cet usage, tant pour le collaborateur que pour l’employeur. Et la question est d’autant plus d’actualité que le collaborateur travaillera demain avec tous les outils de sa vie connectée : tablette, smartphone, cloud personnel, lunettes connectées…

Le BOYD – entendez le “Bring Your Own Device” ou en français dans le texte, le fait d’apporter son matériel personnel sur le lieu de travail et de travailler avec – semble paré de toutes les vertus. Il fait partie de ces “buzz words”, qui sont nés de l’identification d’une tendance émergeante, pour prendre les apparences d’une pierre philosophale qui, frottée à l’entreprise, résoudrait tous ses problèmes : engagement et fidélisation du collaborateur, attractivité des candidats digital natives, image “cool” et 2.0 de l’entreprise, accélérateur de la transition numérique et économies substantielles. Cette vision idyllique néglige bien souvent d’aborder les conséquences de cet usage, tant pour le collaborateur que pour l’employeur. Or l’un comme l’autre ont des droits mais également des devoirs. Et la question est d’autant plus d’actualité que le collaborateur ne travaille plus seulement avec sa tablette, son téléphone ou son ordinateur portable, mais également avec tous les autres outils de sa vie connectée, de son système de stockage personnel dans le Cloud aux dernières lunettes connectées qu’il vient d’acquérir…
 
BYOD Bring Your Own Device EnterpriseBYOD ? BYOCL ? quésaco ?
Rappelons que le BYOD – pour “Bring Your Own Device” – est la tentation à laquelle succombent de plus en plus de salariés, aidés ou non en cela par leur employeur, d’utiliser leurs outils informatiques personnels au sein de l’entreprise, afin d’y travailler de façon plus efficace. C’est en tout cas la promesse du concept. Le 24 mars 2013, le Journal Officiel publiait la décision de la Commission Générale de Terminologie et de Néologie de la langue française, qui a traduit l’acronyme en “AVEC” (Apportez Votre Equipement personnel de Communication). La Commission définit cette nouvelle pratique comme le fait d’utiliser “dans un cadre professionnel”, un “matériel personnel tel qu’un téléphone multifonction ou un ordinateur”. En pratique, les directions informatiques sortent d’un monde où une liste courte et stricte de terminaux maîtrisés pouvaient être utilisés pour se connecter au système d’information de l’employeur. Ils doivent maintenant faire face à des demandes de connexion au système d’information de terminaux les plus divers, avec des niveaux de sécurisation en général inférieur aux préconisations d’hier (d’où la traduction, par certains, de BYOD en “Bring Your Own Disaster”). D’autant que ces demandes peuvent avoir un certain poids : statistiquement, le BYOD émane en effet majoritairement d’une demande du top management souhaitant utiliser ces outils pour travailler plus efficacement.

wearablesLes origines… et l’avenir du BOYD
De façon plus globale, ce mouvement s’inscrit d’une part dans celui de la consumérisation de l’IT et, d’autre part, il agit de concert avec le développement de la mobilité, où la connnexion s’opère à n’importe quel moment, de n’importe où, avec n’importe quel terminal et pour accéder à n’importe quel type de contenu. Rien de bien nouveau dans la sphère personnelle, mais une révolution pour l’entreprise. En effet, il parait bien loin le temps où l’entreprise accordait à quelques-uns de ses collaborateurs (top managers, cadres de direction), ces accessoires statutaires du parfait business man surbooké,  gourmand insatiable de gains de productivité : smartphone, ordinateur portable, Black Berry,… alors inaccessible à la sphère privée du commun des mortels.
Or, le “BYO…” ne s’arrête pas avec le BYOD mais d’autres acronymes du même style ont été récemment inventés pour montrer que le mouvement continue, au fur et à mesure du brouillage consommé entre vie personnel du salarié et vie professionnel. S’il y a quelques années, la demande de connexion portait sur un ordinateur portable, et qu’hier elle concernait sa tablette, la demande porte aujourd’hui sur les outils les plus courants de la vie numérique du salarié. En l’occurrence, ses espaces personnels accessibles dans des Cloud plus ou moins sécurisés, au grand dam de l’employeur. Et demain, elle portera logiquement sur ce que certains appellent le WYOD (“Wear Your Own Device”) : les objets connectés que l’on porte sur soi (“wearable computing”). Si l’on regroupe ainsi ces deux derniers exemples d’équipements personnels de communications et d’objets connectés, on peut plus largement parler – pour reprendre le concept fort des intiatiales devenu emblématiques – de BYOCL pour “Bring Your Own Connected Life”. Mais les entreprises sont-elles prêtes à ce mouvement quasi-inéluctable ? Une étude d’Ipswitch, fournisseur de logiciel, montre que la réponse est clairement “non” (voir ici une synthèse en français de l’étude).

Big Brother 1984Les effets pervers du BOYD
Cette digitalisation des outils quotidiens de l’entreprise, comme le phénomène du BOYD le démontre particulièrement, s’accompagne, mais également se nourrit, d’une plus grande porosité entre les sphères privées et professionnelles. Ma tablette personnelle me permet de consulter mes mails pro à 22h, l’ordinateur portable fourni par l’entreprise de réserver des billets de train entre deux rendez-vous. On voit ainsi une plus grande liberté laissée au collaborateur de coordonner ses différents agendas. Une revendication largement répandue aujourd’hui, et davantage chez les populations les plus jeunes. Et pourtant, dans le même temps, on cite des exemples de collaborateurs qui rendent leur smartphone professionnel à leur employeur, qui refusent les nouveaux outils qui leurs sont proposés. Ils y voient là des outils de surveillance particulièrement performants et pernicieux, la réussite totale du panoptique, l’aboutissement des thèses des frères Bentham, dans lesquelles le sentiment de se savoir possiblement surveillé est beaucoup plus efficace que la surveillance elle-même. La mesure de la performance, qu’elle soit par soi (“quantified self”) ou par les autres, risque de devenir au final de plus en plus pesante, car ressentie comme permanente. Certaines entreprises, de leur côté et parfois en réponse aux demandes des organisations syndicales, élaborent des chartes d’utilisation de l’e-mail, en valorisant le droit à la déconnexion. Elles réagissent ainsi à la prise de conscience des risques (et des conséquences) que l’usage constant de ces nouveaux outils peuvent avoir sur la santé de leurs collaborateurs, en raison de l’instantanéité et de la permanence des échanges qui supprime les phases de repos.

Nouveau défi posé à l’entreprise comme aux collaborateurs, le BYOCL enclenche toutefois la vitesse supérieure… Ainsi, entre risques et opportunités, droits et devoirs des uns comme des autres, le BYOCL n’a pas fini de faire parler de lui. … A suivre.

NB : Ce billet a été écrit en collaboration avec François Coupez, Avocat à la Cour, que vous pouvez également retrouver sur son blog. Compte tenu de l’ensemble des angles qu’un sujet aussi riche permet d’aborder, il s’inscrit dans une série de billets : les prochains traiteront plus précisément des opportunités et des risques du BYOCL, ainsi que des droits et devoirs de l’entreprise face à cette pratique sur le point d’émerger.

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A propos de l'auteur

Franck La Pinta

J’accompagne depuis plus de 15 ans un groupe bancaire de dimension international dans sa transformation liée aux nouvelles technologies et au digital. J’interviens notamment pour analyser les impacts et exploiter les opportunités de cette révolution numérique sur les process business, la relation client, les ressources humaines, le management, le marketing, la communication.

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