MARKETING RH — 21 juillet 2014

Dans un précédent billet, j’évoquais l’importance pour le marketing RH, de prendre en compte les candidats refusés. Ce billet a suscité un échange riche avec le lieutenant-colonel Eric de Lapresle, sur une initiative toute récente de l’armée de Terre qui a décidé de s’occuper des candidats qui ne sont pas recrutés.

Bonjour Eric de Lapresle, pouvez-vous vous présenter rapidement ?
Je suis lieutenant-colonel dans l’armée de Terre en charge de la communication de recrutement. Nous recrutons chaque année près de 10 000 jeunes car l’armée de Terre est composée à 72% de contractuels, c’est-à-dire qu’il y a un flux permanent d’arrivées et de départs.

Vous avez réagi à un de mes précédents billets sur l’attention à accorder aux candidats qui ne sont pas retenus à l’issue d’un process de recrutement. Pourquoi est-ce important pour vous ?
Parce que l’armée de Terre attache beaucoup d’importance à apporter le plus grand soin au suivi des jeunes qui candidatent à un recrutement. Environ 120 000 jeunes rentrent en contact avec nous chaque année et au terme d’un système de selection très exigeant (test médicaux, physiques, cognitifs, psychologiques) nous ne gardons que 10 000 jeunes. Les autres ne sont pas retenus soit parce qu’ils ne sont pas aptes, soit parce qu’ils n’ont pas le niveau, soit enfin parce qu’ils ont abandonné en cours de route. Il y a donc potentiellement 90 000 jeunes qui ont pensé à l’armée de Terre mais qui n’ont pas été au bout de leur démarche. Dans un marché de l’emploi où seuls « comptent » ceux qui sont embauchés, nous nous sommes interrogés sur ces jeunes qui nous ont fait confiance. Pour eux et pour l’armée de Terre, il n’était pas possible de se désintéresser des déçus parce que la ressource humaine est rare et précieuse. Ces déçus, s’ils ont le sentiment d’avoir été bien accueillis, reviendront vers nous, parleront de nous et retenteront peut-être leur chance s’ils le peuvent. Nous avons donc décidé de chercher des pistes pour gérer ces déçus. Ce raisonnement nous a naturellement amenés à penser aux entreprises qui recrutent des volumes importants, mais aussi des entreprises qui partagent certaines valeurs avec nous. Il s’agit non pas de s’échanger des CV mais de mettre les jeunes, dont le projet professionnel n’a pas abouti chez nous, en contact avec d’autres. Par exemple, un jeune qui rêve de voyage et qui est inapte chez nous en dépit d’une grande motivation, peut très bien intéresser la SNCF. La SNCF, qui reçoit 490 000 CV par an, peut aussi, sans doute, réorienter des jeunes qui n’y avaient pas pensé, vers l’armée de Terre. Il s’agit donc de mettre en place un système de collaboration entre entreprises pour proposer aux jeunes des pistes. Cette initiative aurait aussi l’avantage de faire des gains de productivité en termes de budget de communication.

L’armée de Terre a mis en place des actions pour répondre à cet enjeu, quelles sont-elles ? Quelle réflexion a guidé cette démarche ? Comment cela s’intègre dans votre stratégie RH globale ?
Le marketing dans l’armée de Terre se conçoit comme un ordre d’opération. C’est une vraie manoeuvre qui vise à lutter contre un ennemi identifié : “la méconnaissance de l’armée de Terre par les jeunes”. Pour lutter contre cet ennemi, il y a plusieurs lignes d’opération (achat d’espace, développement de la marque employeur, rayonnement,… et bien entendu : gestion des déçus). C’est pour ce point particulier que nous avons décidé de solliciter quelques entreprises sur ce thème du partage des ressources humaines. Nous sommes en attente de certaines réponses, mais tellement persuadés que c’est une piste de success !

Concrètement, comment sélectionnez-vous les entreprises de cet eco-système ? Et ensuite comment s’organise cette collaboration au quotidien ? Comment réagissent les candidats à cette proposition de « repêchage » ?
Cette histoire est très récente puisque nous avons sollicité ces entreprises il y a moins de 2 mois. La SNCF nous a fait part de son vif intérêt et un RV prochain va nous permettre d’échanger sur ce thème. Nous n’avons pas encore de retour de la part des jeunes puisque nous sommes en phase de reflexion à propos de ces partenariats. Comment cela pourrait fonctionner ? Assez simplement dans un premier temps. On peut imaginer que nos conseillers aient des flyers ou d’autres outils plus modernes qu’ils pourraient distribuer aux jeunes déçus pour les aider, en cas d’échec chez nous, à aller vers une autre entreprise. L’autre entreprise pourrait rediriger un jeune déçu vers notre site sengager.fr. Mais cette collaboration, si elle fonctionne, est sans limite en termes d’idées à partager.

site recrutement Armée de Terre

Considérez vous que l’armée de Terre a une responsabilité particulière aupres de ces candidats ? Est-ce en raison de son statut ou ce sujet doit aussi concerner les entreprises du secteur privé ?
Le bureau marketing a le devoir de trouver des solutions innovantes pour faire en sorte que l’armée de Terre attire les jeunes les meilleurs pour former l’armée de demain. Il faut chercher dans tous les viviers inlassablement et s’inscrire vis-à-vis des jeunes comme un partenaire qui les aide dans la mesure du possible. Et si cette idée fonctionne et que l’armée de Terre peut en être à l’origine, tant mieux. L’armée de Terre cherche en permanence à s’inscrire dans une démarche de recrutement innovant. Rien n’empêche de voir des entreprises du privé s’inscrire dans cette démarche, les jeunes n’appartiennent ni au public ni au privé.

Lorsque nous avons échangé sur ce sujet, vous avez évoqué l’impact de ce type d’initiative sur la marque employeur. Pouvez-vous m’en dire un peu plus ? Et du coup, comment définissez-vous la marque employeur ?
Je considère que la marque employeur est la perception la plus couramment exprimée sur une entreprise par ceux qui sont ou se projetent comme employés. Développer la marque employeur, c’est faire évoluer la perception. Pour l’armée de Terre, c’est un challenge car elle n’est souvent pas considérée par les jeunes comme un choix possible par méconnaissance du métier.
L’armée de Terre ne doit pas avoir peur de se comparer aux autres entreprises, puisqu’elle offre beaucoup de similitudes (salaires, congés, réglement interne….) et qu’elle propose en plus un engagement spécifique au service de la France, avec des exigences exceptionnelles et en retour, la grande fierté de faire un métier qui a beaucoup de sens.

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A propos de l'auteur

Franck La Pinta

J’accompagne depuis plus de 15 ans un groupe bancaire de dimension international dans sa transformation liée aux nouvelles technologies et au digital. J’interviens notamment pour analyser les impacts et exploiter les opportunités de cette révolution numérique sur les process business, la relation client, les ressources humaines, le management, le marketing, la communication.

(1) Commentaire

  1. L’initiative de l’Armée de Terre de travailler avec de grandes entreprises pour prendre en charge les candidats non retenus est excellente. En leur offrant une ouverture on maintient une forme de motivation dans la recherche d’un emploi ou d’une formation.

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